mardi 20 octobre 2009

Work In Progress (4)


La terrasse aux bambous, journal


Un oiseau d'argile
Posé sur la cheminée:
Fragments de mémoire.

(Sylvaine ARABO)

Work In Progress (3)


La terrasse aux bambous, journal

Rewind. Les dix années perdues.
Parfois, dans un éclair fulgurant, je les vois passer, ces maudites années d’alcool et de débauche imaginaire. En vérité, je sais que Sagan avait raison avec son “vivre vite”, toucher à tous les excés. Die Young, Stay pretty, chantait Blondie dans les années quatre vingts. Mais moi j’ai pris les choses à l’envers, ce n’était pas pour un dérèglement des sens Rimbaldien et sous un certain angle une vision de la jouissance, mais par pure destruction. J’étais un enfant.

Par ailleurs, il faut dire que ça fait vingt ans que je ne dors plus sans la chimie. Une nuit, alors que je venais de débarquer à Dijon pour un travail, je me suis retrouvé insomniaque absolu. Médecin au petit matin, témesta 2.5, halcion. J’ai dormi toute la journée comme un bébé. Le soir, j’attaquais une bouteille de bordeaux. A mon plus grand étonnement je supportais bien les mélanges.
Puis les dix années suivantes passèrent à un rythme éffréné - mais je ne buvais plus, j’allais à des concerts de rock avec un journaliste de Rock’n folk, dans les afters, les back-rooms, tout roulait comme dans un tourbillon, je suivais le rythme. Je faisais régulièrement la fermeture des bars de Pigale au café, avant de me gaver de frites au vinaigre sur le boulevard.

Et puis un soir, par pure distraction et désœuvrement, je me suis remis à boire. Je buvais pour écrire. Les dix années perdues commencèrent ainsi. J’ai perdu le manuscrit, le titre était: “Le vertige de perdre”, ce qui épousait bien mes états d’âme du moment. Je ne travaillais plus, je prenais des autobus au hasard des lignes, pour aller n’importe où, dans des rades inconnus. Puis j’eus rapidement mes habitudes, j’étais connu dans les bars du Luxembourg. Je buvais un Sauvignon, puis je rentrais me finir au pure malt devant ma machine à écrire.
L’alcool était bel et bien revenu, et en abondance. Je m’enfonçais chaque nuit un peu plus dans le noir glauque de mon écriture incertaine et vaine. Et je ne voyais plus personne, hormis les barmen, bref j’étais heureux.

jeudi 15 octobre 2009

Tea Time


Déjà l'hiver revient
Déjà le soleil froid
Les oiseaux sont partis
Que reste-t-il à faire?

mardi 13 octobre 2009

Work In Progress (2)


La terrasse aux bambous, journal


Le jour se lève, la lumière est superbe sur la terrasse aux bambous. Je sui réveillé depuis cinq heures. Peu à peu, le soleil jaune envahit le salon. France Inter ronronne là-bas, dans la cuisine. J’écoute d’une oreille distraite. Et j’apprend la mort de Michael Jackson, trop jeune même pour une légende. J’imagine déjà la déferlante émotionnelle et crapuleuse qui va s’abattre sur ses cendres hollywoodiennes encore tièdes.
Je retourne au salon jetter un œil aux mails. Pas de pub ce matin, étonnant! Maintenant le soleil a envahi la pièce de sa lumière claire, c’est à frémir. Je me sens respirer, libre de mes gestes. Dans une heure, j’irai à la piscine.
Je me mets à faire des recherches sur David Bowie, car son site officiel commence à dater un peu, je cherche des images récentes du Thin White Duke. Et quelle n’est pas ma surprise de le découvrir décati, vétu de noir, pas razé, souriant mollement, comme surpris par un quelconque paparazzo.
Mais voilà, cet homme que je vénérais, dont je guettais la moindre apparition ou/et opus, qui m’était devenu familier, étrange, aux multiples visages, aux textes abscons, cet homme oui en est un d’homme: il a soixante deux ans, et je sais qu’il ne me surprendra plus, qu’il ne peut plus surprendre; qu’il a vieilli, comme j’ai vieilli aussi, bon an mal an, au fil des dix années perdues à cause de l’alcool - je reviendrai sur ces années, plus tard - cet homme ne ressemble plus à rien.
Je me demande si je ressemble à quelque chose, moi! Je vis reclu dans le XVème arrondissement de paris, dans un petit appartement bourgeois et décoré de masques africains qui me font penser à mes déambulations de toubab sur le continent noir, quand je buvais des bières tièdes et fumais des cigarettes de contrebande dans les maquis de Libreville, le soir venu, là où les moustiques se grillent les ailes aux ampoules dénudées des bouis-bouis.
Parfois, je pense à Proust et à son lit, où il passais le plus clair de son temps pour écrire. Je me vois enfermé dans ce qu’il appelle “la sécurité des habitudes”, et je sens qu’il a raison, je vis un peu comme cela, au gré des habitudes, qui m’apportent le réconfort...
Mais il est temps que cela change!

lundi 12 octobre 2009

Abeilles


Abeille! Abeille!
quand on les appelle
elles ne viennent pas

dimanche 11 octobre 2009

Work In Progress (1)


La terrasse aux bambous, journal

J’ai longtemps imaginé que voyager était un remède à mon hiératique mal de vivre.
Alors j’ai voyagé.
Puis je suis revenu, et j’ai arrèté de boire de l’alcool, j’ai aussi cessé de fumer. Je me sens bien. Léger comme un chat.
Et me voici de retour à la terrasse aux bambous, à Paris.
Pour me distraire et suppléer à mes envies de voyages, je me plonge des heures durant dans des magazines de décoration, afin de me fondre corps et âme dans des intérieurs inconnus, c’est comme une évasion,
un oubli de soi, une panacée de rêves ensoleillés, il ne manque plus que des rires d’enfants.
Mais, comme sur ces pages de papier glacé, il n’y a jamais personne, j’en conclus qu’en feuilletant ces publications, je suis un peu chez moi. Et me voici embarqué loin de mon salon orange, et ses masques Dogons.

L'endormi


Tout a commencé par cette photographie de Roberto Pellegrinuzzi, que je ne connaissais pas. Trouvée sur le Net, elle ne portait pas de titre, je décidais de l’appeller “L’endormi”; où il est question de disparition (thème de l’exposition), de sommeil et d’évasion, de rêves et de cauchemards. Mais qu’importe, le bien et le mal ne s’épousent-ils pas, au long des années perdues?
L’œuvre est démesurée, et le visage éteint. Qu’est-ce qui se cache derrière ces yeux clos? Là, on revient à la disparition, comme si on pouvait rayer de son esprits les mauvais côtés de son histoire, les remords et les regrets, évacuer les instants évanouis dans l’abîme des neurones, imbroglio pervers des mémoires inachevées.