vendredi 4 décembre 2009

Work In Progress (22)


La terrasse aux bambous, journal


Puis nos nuits sans sommeil, qui valaient des années de veille, se succédèrent au rythme de nos disponibilités, L travaillant souvent en nocturne.
C’était toujours le même cérémonial, nous nous postions des mails enflammés, accompagnés de photographies de plus en plus érotiques,
la joie de les découvrir était comme un tourbillon d’ivresse, puis, vers minuit, j’allais rejoindre ma chambre, non sans avoir au préalable allumé une bougie parfumée au santal. Et je composais le numéro chéri... Au bout de la ligne, un timide ou fatigué coucou, parfois un enjoué bonsoir m’acceuillait, cela dépendait des nuits, mais bien vite le plaisir de nous entendre prenait le dessus, et nous commençions à nous raconter nos journées. L ne savait pas que je buvais à l’époque. J’étais toujours en pleine forme au creux de la nuit. Ma Voyageuse ne tardait pas à me suivre dans mes divagations sensuelles, et à son tour m’entrainait dans les siennes...
Et puis un soir, après plusieurs heures de somptueuses jouissances, que même mes rêves les plus érotiques ne pourraient reproduire, il me vint soudain, au sommet de l’extase conjuguée à la sienne, un cri qui me remontait du ventre, et je hurlais, dans un souffle plus puissant que les autres et qui me tétanisait un JE T’AIME! impossible à réprimer, qui me souleva, malgré moi et mon serment de ne plus jamais dire ces deux mots, jusqu’à le répéter à l’infini comme un écho, et qui vint mourir dans mon jouir de l’avoir enfin dit, comme une délivrance. Et au creux de cet écho, à l'autre bout de la ligne, un je t'aime retentit, accompagné de pleurs de joie.

lundi 30 novembre 2009

Work In Progress (21)


La terrasse aux bambous, journal



A ce stade du récit, je me heurte à un mur. Celui de ces dix années perdues dans l’alcool. C’est soudain douloureux d’écrire. D’écrire que j’entrai, cette nuit là, dans la plus délicieuse de mes nuits d’éthers. Et que le souvenir est encore vivace et fort, j’aurais besoin d’une piqure de rappel nommée Talisker. Mais je ne céderai pas.
L., ma belle Voyageuse est vraiment la force et la beauté réunies. Ce soir de juillet, j’émergeai de mes brumes écossaises vers vingt-trois heures, naïf, joueur et enjoué, prèt à toute aventure, disons en forme en quelque sorte. J’allais prendre une douche.
Le téléphone sonna lorsque je rejoignai la chambre. Je laissai sonner deux fois, puis je décrochai. C’était elle. Je le savais. Où es-tu? me demanda-t-elle. Sur mon lit, répondis-je. Un silence. Une éternité. Un souffle à peine perceptible, là-bas, en Suisse, venait se mourir à Paris. Dans mon oreille, et dans tout mon corps frissonnant. Cette nuit allait semer le trouble entre une femme et un homme, séparés par des centaines de kilomètres et reliés par une ligne téléphonique incertaine. Je laissais L. aux commandes de la conversation. Va à ton ordi, je te présente quelqu’un! Je jettai un coup d’œil aux mails, et il y avait une photo de son chaton: Islapet. J’étais ravi. Nous parlâmes beaucoup du chat, histoire de détendre l’atmosphère, mais les longs silences revinrent bien vite, nous laissant livrés à nos pulsions sensuelles, car l’instant magique de notre union allait arriver.
Nous nous parlions à voix basse, à travers les souffles et les soupirs, désarmant de Love Supreme. Elle chuchotait, je guidais ses gestes, elle m’écoutait et guidait les miens. Nous nous unissions, dans la nuit chaude, jusqu’à l’exhaltation, la jouissance, nos cris, nos souffles, nos respirations lourdes et libérées. Nous venions de faire l’amour, et bien plus que cela, de nous aimer, tout simplement.
La suite de nos nuits sans sommeil allait nous le confirmer, bien au-delà de nos imaginations réunies.

mardi 24 novembre 2009

Work In Progress (20)


La terrasse aux bambous, journal

Dix huit heures. Les pieds nus sur le parquet de chêne, un tour vers la terrasse. Un verre de pur malt à la santé de Kenzo. L’air est chaud, une vraie douceur. Je bois trop, sans arrèt, je le sais, ça me rend nerveux. C’est mon talon d’Achille. La boisson, surtout le whisky, ça m’emporte loin dans la démesure et l’abandon de soi. Après avoir bu, je m’abandonne à n’importe quel prétexte pour continuer à boire. Même écrire. Surtout écrire. Mais je ne regrette pas ces dix années d’alcoolisme, à ma manière, imaginatif bien que solitaire, j’étais heureux. Privé de vie sociale, j’ai fait le tour du lien virtuel. C’était nouveau, passionnant, un vertige de se perdre dans les filets de son propre cerveau démantibulé par d’incroyables découvertes pourvu qu’on ait une imagination roborative.
Mais ce jour d’été-là, dans la douceur de cette soirée-là, j’étais confronté à un dilemme. L. me posait un problème. Je regardais à nouveau les photos de la nuit dernière. Portrait avec chaise, par exemple. J’admirais la prise de vue, l’éloquence du cliché, la suggestion de la pose, tout me plaisait, m’envoutait... à l’excés. Je pris peur, tel le perdant que j’étais devant le sentiment qui commençait à germer en moi.
Je décidais de m’ennivrer en rêvassant. J’avais honte de moi, un vrai vomi de ma personne. Je pleurais dans mon verre. Pour la première fois, malheureux.

lundi 23 novembre 2009

Work In Progress (19)


La terrasse aux bambous, journal


Dormir relevait du défi, malgré la nuit blanche. Je ne ressentais aucune fatigue, même pas les yeux rouges d’un lapin dans les phares. Je fumais encore plus que d’habitude. Avant d’aller au lit pour une ultime tentative de trouver le sommeil, je retournais au Mac, visionner les photos échangées pendant la nuit, en particulier le Flower de Kenzo que L. portait, et rien d’autre m’avouait-elle, pour aller dormir. Le parfum est un trait essentiel de la personnalité, et comme j’ignorais tout de ce Flower, je me précipiterai dans une parfumerie pour le goûter dans la journée.
C’est dire si j’étais sous le charme de ma petite Voyageuse. Et je sentais qu’un air chaud et doux nous enveloppait de ses draps imaginaires, malgré la distance qui nous séparait physiquement.
Le jeu de pistes des photographies échangées n’allait pas tarder à déborder mon imagination, je devais me rendre à l’évidence: L dirigeait les dialogues de nos nuits qui, sous peu, allaient devenir de plus en plus sensuelles. A ma grande surprise, quand je repensais à mes petites fiancées d’un an auparavant, à qui, du bout de la voix, je guidais le plaisir, et elles le mien, je n’imaginais pas reprendre le cours des jeux érotiques et des nuits blanches sulfureuses: je pensais avoir tiré un trait.
Mais Voyageuse, L, allait m’attirer bien plus loin encore: vers des sentiments, failles profondes que que croyais comblées par des éboulis de roches froides, et que je ne voulais surtout pas rouvrir.

dimanche 22 novembre 2009

Work In Progress (18)


La terrasse aux bambous, journal

Brumes de décembre
un vol d'échassiers
se perd

Danièle

samedi 21 novembre 2009

Work In Progress (17)


La terrasse aux bambous, journal


Lorsqu’après maintes délibérations (raccroche en premier, non toi d’abord!), je posais le téléphone brûlant sur le lit, j’étais exactement comme un noyé flottant sous le Pont des Arts, désarticulé tel un pantin.
J’avais du mal à comprendre ce que je venais de vivre. J’étais abasourdi par une voix enjoleuse qui me faisait craquer. J’allais sur la terrasse fumer une blonde. L., décidemment bouleversait ma vie en y entrant par la grande porte.
J’allai m’étendre pour rêvasser. L’envie de boire m’était passée. C’est toujours ça, me dis-je en piètre consolation de mon manque d’L. Car déjà elle me manquait, et la journée promettait d’être longue.

jeudi 19 novembre 2009

Work In Progress (16)


La terrasse aux bambous, journal


Le jour d’été s’était levé sur la terrasse aux bambous. Le soleil découpait les contours de ces vieux immeubles parisiens en briques rouges que l’on trouve aux portes de Paris.
Et j’avais L. au bout du fil, elle riait, fatiguée et joyeuse, finalement aussi impréssionnée que moi. Sa voix me séduisit aussitôt. Sand and glue, comme chantait David Bowie à propos de Bob Dylan. Du sable et de la colle, la sensualité en plus. J’étais sous un charme indicible, à la limite du mutisme, bafouillant quelques banalités avant de reprendre mes esprits, quelque part plongés dans la brume matinale.
Et puis, brusquement, au détour d’un silence de L., de son souffle grave, je me remémorais mes petites amoureuses téléphoniques, et je me suis dit à cet instant: non, pas avec ma Voyageuse. Et pas ce soir là. Nous nous amusions avec nos webcams et d’autres photos, des musiques, que nous nous échangions, autant de pistes pour mieux nous connaître. C’est fou le nombre de points communs que nous nous découvrîmes. Plus le temps passait, plus je lui réclamais des photos, des indices. J’adorais sa voix, son rire, ses cheveux blonds, et je me moquais bien de notre différence d’ages, et elle aussi!Je me sentais partir vers des contrées sentimentales enfouies au plus profond de mon être, comme un serpent à sonnette tapi sous une pierre et qui ne demande qu’à mordre, mais là c’était une morsure des plus délicieuses, qui venait tard me réveiller, mais allait bouleverser nos deux vies dans un éclat d’été.