jeudi 17 février 2011

Un jour clair, récit (3)


Tu verras, je finirai bien par t’envoyer les sept roses blanches pour ton anniversaire. Je ne connais pas ton adresse, mais enfin, il y a des annuaires. Même si loin.
Pourquoi sept? Parce que je compte les semaines depuis toi. Trop. Tout ce temps égaré. Les pas perdus et les chariots vides. Ce train vers cet obscur pays, sans moi. Le jour où je t’ai perdue, je me suis juré de te récupérer. D’une manière ou d’une autre.

mercredi 16 février 2011

Un jour clair, récit (2)





La clarté matinale du jour a toujours été un mystère pour moi, même si, de manière générale, je me lève tôt pour en goûter les premières heures.
J’aime surtout l’hiver et ses lents frissons, lueurs de l’aube soleil rasant, voici l’enchantement, sans rien n’y comprendre vraiment. Juste cela, l’enchantement du matin.
Ce sont des heures maigres, translucides, on sent qu’elles annoncent quelque chose de bon, voir de beau.
Longtemps j’ai cru que ce jour clair serait celui de mon suicide.
Mon dernier jour.
Après un long voyage à travers la blancheur de la nuit, vingt minutes de sommeil, me retrouver en face de moi-même, ou du moins ce que je crois être mon visage dans le miroir de la salle de bain, seule et unique glace de la maison, fatigué mais sublime, clarté du dernier jour, aussi clair que le premier, celui d’avant, m’abandonner à mon penchant naturel pour la mort volontaire.

Mais voilà qu’aujourd’hui, tout a changé.






mardi 15 février 2011

Ecriture au fil des jours.


J'entreprend ce jour l'écriture d'un récit dont je ne connais ni le début, ni la fin. Je me laisse porter par mes soirées diverses. Je vous en confie les clefs pour les différentes critiques!



Un jour clair, récit



Prologue



L’amour fou, s’en défaire pour mieux y revenir, plus fort.
S’en défaire c’est la douleur elle-même, séparation, bris de verres, saigne mon poignet, saignent mon nez, mes yeux, tout ce qui fait de moi un être humain éperdu.
Alors on envoie des fleurs, sur fond de Sauvignon , une rose blanche par semaine disparue, évanouie, comme le visage aimé.
Puis c’est le cœur qui se met à répandre son sang noirâtre, et là, il faut que je te retrouve, coûte que coûte! Où que tu sois.
Nous n’avons pas vécu ce mois et demi pour en arriver là?? C’était la Fiesta Del Sol tous les jours et Cannes toutes les nuits. Nous ne pouvons pas nous déchirer comme un vieux pull, d’autres chats vont venir
pour détricotter les laines épaisses.
Et revenir à Oostende pour quelque batonnets glacés en plein hiver, sur la plage de sable noir.












lundi 7 février 2011

Les éditeurs


Les éditeurs de notre chère (très chère, pour certains), se concentrent géographiquement dans les divers cercles germano-pratins, la plupart à Odéon.
Je les ai presque tous contactés, et tous m'ont répondu par des refus germano-pratins, si vous voyez ce que je veux dire.
Il parait que ce sont des stagiaires d'un jour qui lisent les manuscrits... Je veux bien le croire.
Je hais les lettres-type! (Et leurs auteurs).
Bref, il s'agit bien là d'un échec. Mais j'en ai cure.
Je réécrirai. Encore et encore. J'ai déjà des projets. Et d'insupportables ambitions.
Etre édité, après tout, quoi-t-est-ce?
L'important n'est-il pas l'avis des proches, des amis, des internautes? De ce point de vue, j'ai été comblé. Alors le reste... S'ils ne veulent pas de moi, tant pis.
Je sais maintenant où est mon plaisir.

Pour cette année, je vais aussi me consacrer au Projet 26 (http://www.projet26.com/), iconoclaste et passionnante ambition photographique, qui réunit, en 26 régions, 85 photographes amoureux de leur art. J'espère, étant moi-même néophite en la matière numérique, en être digne et satisfait. La tâche est rude, et j'adore les défis.
Ce projet s'inspire du http://www.50statesproject.net/américain, très excitant. Et qui concerne les 50 états US, par thème. A voir.

jeudi 4 mars 2010

Work In Progress (43)


La terrasse aux bambous, journal

Son long texto me réchauffa le cœur. Il pleuvait sur la Ville, derrière les barreaux en fer. Oui, elle acceptait mon amitié, même si jamais plus je ne la reverrai.
Je lui avais signalé ma nouvelle résidence, sans l’accabler de responsabilités... J’étais dans cet hopital pour une désintoxication, un sevrage alcoolique et rien d’autre. Elle compatissait, me soutenait, m’envoyait des baisers. J’appréciais sa compassion comme un gosse qui se jette sur une dizaine de crèpes.
Tout cela m’encourageait et accéléra mon chemin vers la rédemption, vers les éclats de lumière qui, peu à peu, s’assemblaient pour reconstituer le soleil qui manquait à mon âme.
Je me familiarisais au pavillon J, les infirmières dévouées malgré leurs horaires impossibles, les trois ou quatre patients avec qui je sympathisais, les jours passaient malgré tout, jusqu’à cette heure d’avril au matin où mon médecin me convoqua dans son bureau, vous pouvez sortir quand vous voulez s’exclama-t-il avec un sourire en coin: j’ai besoin de lits!
Je franchis la grosse porte en bois, souple comme un chat, le cœur léger.

Je décidais même, avant de retrouver la terrasse aux bambous, de faire un tour dans Paris, en taxi. La lumière du matin était d’un gris lumineux et plombé. Je ne savais pas encore si j’avais gagné une manche contre l’alcool et perdu une autre manche avec S. Mais je me sentais libre, ou, pour le moins, en route vers la liberté. Néanmoins, je trouvai le taxi hors de prix.

lundi 1 mars 2010

Work In Progress (42)


La terrasse aux bambous, journal


Je me souviendrai toujours de cette espèce de doigt tordu, le mien, qui appuya sur la sonnette du Pavillon J. De cette longue minute élastique et à vau-l’eau qui était en train de devenir moins que mon lien avec le dehors. J’allais entrer chez les écloppés de la vie, les toxicos, les bruts de décofrages, les abîmés, tous ceux qui traînent sur les bas-côtés. La lourde porte en bois se referma dans mon dos, mon lien avec le dehors désormais coupé. Ce fut comme un soulagement, à vrai dire, une route à suivre vers le salut. J’avais confiance.

Comme je venais de mon plein gré, on me laissa mes affaires, sauf le razoir pour que je ne me tranche pas la gorge - et j’évitais aussi le pyjama bleu réservé aux cas graves pour qu’ils ne s’évadent pas. On me conduisit à ma chambre; j’y retrouvai François B., alcoolique comme moi, devenu mon ami depuis.
La première journée passa vite, installation, sieste, pétards. De quoi réjouir un forcené de l’enfermement. Ou un de ces voleurs et tapeurs de clopes qui vivent ici à plein temps, histoire d’éviter la rue - et ils sont nombreux, très nombreux...
Au Pavillon J, on ne sait rien faire d’autre que fumer... Alors je fumais copieusement plusieurs paquets par jour, à en être malade. Nous expédiions les déjeuners et les diners en moins de dix minutes, pour aller s’en griller une, histoire de ne pas perdre le rythme.
Les jours passant, mon état s’améliorait. J’eus la visite de mes parents. Maman tordue avait déjà sa canne, et elle me trouva courageux de faire cette cure; mais avais-je une autre solution pour tout simplement continuer à vivre?
J’avais oublié mon transistor mais pas mon mobile. Hélas mes amis ne me firent pas signe. Sauf Sylvie S., ma sœur virtuelle, Sister In Web. Et puis, comme je tardais à m’y attendre, L. m’envoya un SMS.



dimanche 28 février 2010

Work In Progress (41)


La terrasse aux bambous, journal


L’hiver passa à l’allure trop lente d’un tanker plein à craquer de whisky, et qui n’en finissait pas de dégazer sur mes plages. Et moi, je m’y baignais à cœur que veux-tu.
Il y eut d’autres mails de L., confirmant le premier. Je décidais de ne pas couper les ponts. Devenir son ami, à défaut d’être son amant, fut mon objectif: quelqu’en soit le prix, les sacrifices, je voulais garder le contact. Sous quelque forme que ce fut.
Mais je continais ma vie le looser, confondant le jour et la nuit, le matin et ses cafés calva, l’après midi et le Malt. Plusieurs fois j’avais été odieux et ivre avec ma mère au téléphone, ce qui la rendait malade et l’entrainait dans sa propre dépression. J’avais la honte des soirées adipeuses, avec tout cet alcool qui courrait dans mes veines, de mon cerveau détruit qui ne savait que me faire balbutier des horreurs. Ma mère, pas encore petite maman tordue, que j’aimais plus que tout au monde, et que je maltraitais sans le moindre remord. Je n’étais plus qu’une loque. Figuration. Desolation rows.

Un soir, je me mis à hurler, n'en pouvant plus:
“J’ai quarante-cinq ans l’alcool alors lâche-moi la grappe! J’ai donné, trop donné à ce poison familial. Je vais te retourner comme une crèpe espèce de salope!” J’enrageais, un soir de vomi, contre mon nouvel ennemi. Après avoir craché toutes mes tripes dans l’évier, je réalisais, afin de retrouver L., que j’avais besoin d’aide, que je n’avais plus d’amis, plus de lien social, plus de vie à l’endroit.
Avec une force que je ne me connaissais pas, résigné à en réchapper, je me dirigeais avec un petit sac de sport, vers la ville dans la ville.
Cet hopital pour les pauvres surtout, les démunis, les toxicos, et tous les angoissés de nos bas-fonds. Le centre hospitalier Sainte-Anne.